La fête de Pessa’h approche. En français on la désigne par le mot « Pâque » (au singulier chez les Juifs), qui est « pasq », le « s » en tombant donne l’accent circonflexe, et le « ‘het » est transcrit pas un « q ». On retrouve le « s » dans l’italien : « buona Pasqua ». Les chrétiens ont fixé au jeudi saint le premier jour de la fête juive de Pâque lors de l’épisode des Evangiles de la Cène, mais dans le calendrier à la fois lunaire et solaire des Juifs le premier jour de la fête est mobile, et tombe le 15 du mois de Nissan, à la pleine lune. Selon le Talmud, Traité Chabbath 87b, le premier du mois de Nissan, autrefois premier des mois, porte dix couronnes, entre autres ce fut le premier jour de la création, le premier jour de la présence de la chikhinah au milieu des fils d’Israël,. Pour les Rabbins dans cette page du Talmud, le 1er du mois de Nissan l’année de la délivrance de l’oppression des Egyptiens fut un jeudi.
Au début de l’ordre (« Seder ») du repas de Pessa’h, les enfants posent une question : « Pourquoi cette nuit est-elle différente des autres nuits ? »
La réponse n’est pas dite directement. Une des réponses possibles se trouve dans la Torah. Cette nuit réalisa une promesse faite à Abraham, selon la tradition. Le premier jour de Pessa’h, à la synagogue, le matin, on lira un passage de l’Exode, et dans ce passage, au chapitre 12, verset 42, on lit ceci dans la curieuse traduction en français de Zadoc Kahn : « C’était la nuit prédestinée [en italique dans le texte] par l’Eternel, pour leur sortie du pays d’Egypte : c’est cette même nuit instituée par le Seigneur, comme prédestinée à toute les générations des enfants d’Israël. » Où voir une telle idée de prédestination ? Le texte hébreu a un mot étrange il est vrai : « chimourim », vocalisé ainsi pour שמרים. Traduisons au plus près : « Nuit des prises en considération pour l’Eternel, pour faire sortir d’Egypte, cette nuit des prises en considération pour l’Eternel, pour tous les fils d’Israël de l’histoire. » Que veut dire « leil chimourim » ou « leila chimourim » ? On note la symétrie avec un autre pluriel étrange : « yom hakipourim » : il y a la nuit de Pessah et le jour du grand Pardon. La solidarité des deux fêtes est marquée explicitement notamment dans le Talmud, Chabbath 96b, à propos du verbe « passa’h », traduit comme « il passa à travers » : pour trouver son sens on verra son emploi le jour du Grand Pardon : Rabbi Yo’hanan demande de rapprocher « Et ils firent passer la proclamation à travers le camp (Ex. 36,6) » de « Alors tu feras passer un fort son de chofar (Lév. 25,9 »).
Dans les deux cas, « chimourim » et « kipourim », il s’agit d’une séparation, d’une mise à l’écart : par la délivrance, et pour le retour et le repentir.
« chamar » signifie « garder » : garder le chabbath, garder le Temple, etc. Il est rapproché de « se souvenir », notamment dans le Lekha dodi » du Chabbath : « Chamor vezakhor » « Garde et souviens-toi ». Mais pourquoi le pluriel ici ? La formation vient du piel, forme verbale qui a une valeur d’insistance, et qui veut dire ici « avoir de la considération pour ». Il y a là un mouvement mutuel peut-être : l’Eternel eut de la considération pour les fils d’Israël et ils lui consacrèrent ce jour pour à la fois se sentir considérables et Lui vouer de la considération. De plus c’est un jour où se montrer mutuellement de la considération.
Cette nuit de Pessa’h est la nuit de la délivrance de l’oppression, les coupes sont les souvenirs de la promesse de délivrance, et c’est une nuit étrange puisque le soir de Pessa’h après la troisième coupe on fait des prières du matin : le Hallel et le Nichmat. On termine la seconde partie du Seder par des Cantiques dont celui qui parle du milieu de cette nuit particulière. Selon la tradition rabbinique, la délivrance se produit à minuit, l’heure la plus sombre, mais seul Dieu connaît exactement le milieu de la nuit.
Si Pessa’h parle de la délivrance de l’oppression, il y a un autre jour de délivrance qui est la fête de Chavouot.
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