Le Lévitique, chapitres 12 à 15 (Tazria, metsora) invente des parentés qui nous paraissent peu scientifiques pour classer ce qui ne se ressemble pas en réalité : personnes, habits ou tissus, maisons de pierre dans le monde futur en terre promise. Pourquoi ce passage très porsaïque intervient-il juste avant le long passage qui explique le jour de Yom Kippour (Aharé mot) ?
Quelle parenté entre le salpêtre et la lèpre ? Le salpêtre est explosif (il sert entre autres à faire la poudre à canon), et aussi la lèpre en un sens (si on la laisse faire, un doigt peut tomber en poudre). Il faut donc s’en séparer pour être pur, c’est-à-dire éviter l’explosion au contact du divin. L’homme et la femme ont l’air d’être très différents de par leurs organes sexuels, mais on va faire une parenté dès lors qu’il y a écoulement, et leurs pureté tiendra de ce qui calme le feu, à savoir l’eau : ils seront purifiés par l’eau et par la nuit s’ils ont eu un rapport sexuel. Les tissus, les récipients et les lits doivent être parfois eux aussi séparés, du fait de leur rapport au corps de l’homme, si l’on veut garder une « zone », spatiale ou temporelle, de pureté.
Remarquons que souvent l’impureté ne dure que jusqu’à la nuit comme si la nuit effaçait tout avec sa couleur noire, car ces deux parachiot sont hautes en couleur, on imagine des tableaux faits de la sorte, jusqu’à un tableau d’art contemporain « blanc sur fond blanc ». Car paradoxalement si le blanc rend impur le corps, par tâches, cependant lorsque tout le corps devient blanc, on rejoint l’extrême donc la pureté (peut-être s’agit-il ici de réhabiliter aux yeux des esprits primaires l’albinos, ou qui sait le voyageur suédois de passage…)
A quoi tout cela sert-il dans un livre, le Lévitique, qui ne s’occupe guère de médecine mais essentiellement de sacrifices et de jours sacrés ? Il s’agit de résoudre le problème posé par la mort des fils d’Aaron : comment éviter que le sacré ne tue, comme éviter l’explosion-irruption divine (Perets) ? On va la permettre dans des limites très strictes : Dieu se limite lui-même, dans le Saint des Saints, et pour le seul Grand Prêtre, dont on remarquera qu’il a été oint aux mêmes lieux du corps que le lépreux guéri et purifié : oreille droite, pouce droit, gros orteil droit, et tête. Cette ligne mentale sauve la communauté car celui qui a séparé doit être séparé pour que l’union soit possible de nouveau: le commentaire de Rachi sur Lévitique 13,46 nous met sur cette piste : « Nos maîtres ont enseigné : […] C’est parce qu’il a séparé par la médisance le mari de sa femme, et l’homme de son prochain, alors il devra être séparé lui aussi ». On comprend alors la nécessité de la solitude, après la destruction du Temple : une solitude volontaire, la hitbodedout, qui de la séparation conduit à l’union, notamment au milieu de la nuit (« hatstot », à la coupure de la demi-nuit), puisque la nuit purifie. Est alors « fils de Perets » celui qui supporte et ces moments de séparation et l’éventuelle irruption-explosion (perests) de la ferveur divine pour sa création et pour ce que l’homme peut parfois projeter d’en faire.
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