I Il faut distinguer la morale de l’habitude

L’habitude aussi ce sont des règles de comportement : un comportement régulier, toujours identique à lui-même : chaque circonstance déclenche le comportement, comme un réflexe primaire ou conditionné. Ces règles sont obtenues par description de l’extérieur, car le plus souvent elles ne sont pas conscientes.

La conscience intervient comme le dit Bergson quand on sort des automatismes, par exemple quand on apprend quelque chose de nouveau : jouer de la guitare, conduire une voiture. Mais dès qu’on maîtrise bien la chose, tout devient automatique et la conscience disparaît.

Rorty pense que le mot « morale » ne prend sens que lorsqu’une rupture se fait dans nos croyances et nos manières d’agir.

On dira alors que la morale ce sont des croyances inhabituelles.

II La morale intervient lorsqu’une décision est à prendre dans une circonstance vécue comme unique. Cela semble donc exclure toute règle.

Dewey considère qu’il n’y a de morale que là où il faut choisir entre des possibilités d’action qui sont en conflit. Les règles générales ne marchent plus, semble-t-il, ou alors c’est que nous ne parlons pas des mêmes règles ? Y aurait-il des règles de l’inhabituel ?

Une solution est proposée par Bergson : il y aurait la morale close et la morale ouverte. La morale close correspond à notre intelligence et au langage : « Notre intelligence et notre langage portent en effet sur des choses, ils sont moins à l’aise pour représenter des transitions ou des progrès » (Les deux sources de la morale et de la religion) Le mouvement ne peut se traduire dans la langue du statique et de l’immobile, mais il n’y a pas d’autre langue, en tout cas pour Bergson. Il faut donc trouver plutôt des expressions paradoxales pour que la morale soit conforme à sa vocation dynamisante et que son idéal apparaisse au moins en partie impraticable sauf à l’horizon, quand l’homme se sera amélioré.

III Le premier des paradoxes : l’application de la règle exige le jugement qui lui-même exigerait des règles d’application : comment sortir de la régression à l’infini ?

La vérité et la morale forment un tout, sous la question fondamentale : « Qu’est-ce que l’homme ? », question qui renvoie à son origine et à sa finalité.

Mais l’étude du réel auquel l’homme appartient peut décider qu’il faut inclure dans le réel de l’indicible, du caché, du non encore advenu. Au lieu alors de partir des faits, considérés comme accomplis, on part en morale de l’inaccompli, on considère les temps futurs, ce qui implique et la considération de l’intention (toujours tendue vers ce qui a à être) et des conséquences (ce qui peut sortir de mal de notre action même bien intentionnée).

L’intervention pratique de l’homme, et de Dieu pour ceux qui y croient, dans le monde, provoque l’idée que la transcendance puisse se révéler dans, et du coup à travers, le monde matériel. En ce sens l’étude des actions passées de l’homme et des commandements de la religion peut dégager des règles, règles d’observation certes, mais qui prennent en compte des valeurs : ainsi un assassinat n’est pas un simple passage de la vie à la mort.

Le jugement dont il est question en morale est à relier à une crainte particulière, du moins chez celui qui n’est pas ignorant et prompt à chercher davantage à justifier ses actes méchants par des condamnations d’autrui. La crainte en question est la peur de mal faire, et la volonté de juger conformément à la volonté divine, ou conformément à la volonté générale comme sentiment du bien commun.

 

En guise de conclusion, un psaume unique en son genre, dans la Bible, qui tient en un seul verset, la quintessence du Psaume en quelque sorte : « Voici combien il est bon et agréable d’être assis en frères rassemblés dans l’unité. » Que de travail sur soi chacun doit-il faire pour réaliser cette « règle » qui est en même temps une clé du bonheur humain !

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