Lag baOmer. Et si la lumière divine n’était pas la lumière du soleil platonicien ?
Une fois la création engagée, comment se manifeste le divin en tant que lumière ?
Certes il y a eu les voix dans l’éruption volcanique, mais avant cela le buisson ardent, la lampe permanente (ner tamid), la menora et la ´hanoukia, les deux bougies du chabbath ( « Chamor vézakhor »), le « feu » de la havdala… dans l’ensemble donc de petites lumières comme celle des bougies percent quand même la nuit. « Le peuple qui errait dans la nuit vit une grande lumière « .
Le buisson ardent, cette lumière qui brûle sans consumer le buisson, a bouleversé de façon centrale une autre tradition, la tradition musulmane. Le « verset de la lumière » (« nour »), sourate 24, v.35, a donné son nom à la sourate. Il est très souvent dans la décoration des lampes. L’Eternel est-il la lampe, ou la lumière ?
« Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un cristal et celui-ci ressemble à un astre de grand éclat. Son combustible vient d’un arbre béni : un Olivier ni oriental ni occidental dont l’huile semble éclairer sans même que le feu la touche. Lumière sur lumière. Allah guide vers sa lumière qui il veut. Allah propose aux hommes des paraboles et Allah est omniscient. »
Le choix d’une lumière non astrale, justement, nous détache du « culte des étoiles », « avoda zara » dans le vocabulaire juif, culte idolâtre. La lampe, œuvre humaine, est associée au buisson ardent, « sia’h » en hébreu, qui nous renvoie à la « conversation « , sociabilité humaine et bienveillante.
Cette lumière se distingue de tout ce qui est consommation, usure qui fait disparaître la source du plaisir. Elle est rappelée par la lampe d’huile permanente du Temple, « ner tamid » ( on est proche du mot arabe pour la lumière, « nour », dans le verset cité plus haut).
A propos de l’allumage quotidien de la ménora, le chandelier à sept branches qui évoque un buisson par ses branches et ses bourgeons, nourri de l’huile de l’olivier, le Talmud, Traité Mena’hot 86b, nous invite au témoignage, le peuple juif ayant à être « lumière parmi les nations » : « Le rideau du témoignage (parokhet haédout) cela signifie que la lumière du candélabre est un témoignage pour toute l’humanité que la Présence divine réside en Israël. » La lumière est certes à l’intérieur : du Temple, du buisson, de la lampe, mais les murs, le cristal, le rideau n’empêchent pas sa perception par toute l’humanité.
Chemot-Exode 3, 1-7 : Moïse remarque une lumière qui ne consume pas, et il « fait un détour », un « pas de côté « : (3) « Moïse dit : Je veux me détourner pour voir quelle est cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume pas. (4) L’Eternel vit qu’il se détournait pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson et appela : Moïse, Moïse ! Et il répondit : Me voici. »
Moïse est aussi une figure importante de l’Islam et du christianisme.
On nous demande souvent de marcher droit, une marche « militaire », en tout cas à la parade… On n’a parfois pas de mot assez dur pour les « égarés ». Mais Moïse, comme un vrai scientifique, a su s’étonner, lui seul, et chercher un « pourquoi », à propos de ce buisson qui brille sans se consumer. Cette lumière miraculeuse nous rappelle la permanence miraculeuse de notre univers, de notre planète, sans que la multiplicité gigantesque d’espèces vivantes ne la conduise à se consumer.
Ce soir c’est Lag baOmer , le 33e jour de l’Omer, jour de la Hilloula du Rav Chimeon bar Yo’hai, jour de joie et de célébration du Zohar, de la splendeur, malgré les ombres de la mort. Espérons que ce sera l’occasion de nous rapprocher les uns des autres, et d’allumer des feux qui ne consument rien de grave. Une joyeuse fête.
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