Traduction du Midrash Bereshit Raba 7, 2, suivie de quelques mots de commentaire personnel
« Yaqov de la communauté de Nevorai enseigne dans Tyr : « Les poissons ont besoin d’abattage rituel. »
Rabbi Hagai entendit cela et lui fit dire : « Viens apprendre mes coups de fouets. »
« Le fils d’homme qui dit un mot de Torah [mérite] des coups de fouets », lui dit-il ?
« D’où tires-tu cela dans la Torah », lui dit-il ?
« De ceci qui est écrit : « Et Elohim dit : que les eaux multiplient une multitude d’êtres vivants et que les oiseaux se multiplient au-dessus de la terre » [Bereshit], et si l’oiseau a besoin d’abattage rituel, alors aussi le poisson a besoin d’abattage rituel », lui dit-il.
Il lui dit : « Tu n’enseignes pas bien. »
Il lui dit : « D’où me le fais-tu savoir ? »
Il lui dit : « Répands-le, moi je te le fais savoir de ce qu’il est écrit : « Alors, le menu bétail et le gros bétail on l’abat rituellement pour eux, et on les leur sert ? Et tous les poissons de la mer on les ajoute pour eux, et on les leur sert ? » [Bemidbar, 11, 22] Il n’est pas écrit [pour les poissons] « on les abat rituellement » mais « on les ajoute » ».
Il dit : « Tu m’as battu à plate couture, tu m’as écrasé, car c’est bon à être enseigné. »
Yaqov de la communauté de Nevorai enseigne à Tyr : « Il est permis de circoncire un fils d’adorateur d’étoiles [=un idolâtre, un amateur d’astrologie] le Shabbat. »
Rabbi Hagai entendit cela et lui fit dire : « Viens apprendre mes coups de fouet. »
« Le fils d’homme qui dit un mot de Torah [mérite] des coups de fouet », lui dit-il ?
« D’où tires-tu cela dans la Torah », lui dit-il ?
Il lui dit : « « Et ils engendrèrent à leurs familles, à la maison de leurs pères » (Shemot, 1, 18] : « Famille d’un père », il nous est donné à lire « famille », mais pour « famille d’une mère » il ne nous est pas donné à lire « famille ». »
Il lui dit : « Tu n’enseignes pas bien. »
Il lui dit : « D’où me le fais-tu savoir ? »
Il lui dit : « Répands-le, moi je te le fais savoir. »
Il dit : « Si un fils d’adorateurs d’étoiles vient vers toi te dire : « Je demande à devenir juif, à condition que l’enlèvement [du prépuce] ait lieu le jour de Shabbat ou le jour de Yom Kippour », profaneras-tu ce jour pour lui, et n’est-ce pas seulement pour un fils d’une fille d’Israël et d’elle seule qu’il n’y a pas de profanation du Shabbat ou de Yom Kippour ? »
Il lui dit : « Et d’où tires-tu cela ? »
« De ce qui est écrit : « Et maintenant nous faisons avec notre Dieu une alliance qui consiste à faire sortir toutes les femmes et ceux qui ont été enfantés par elles, selon le conseil de l’Eternel, etc. » [Ezra 20,3]. C’est ce que lui dit le Rabbi.
« Et c’est d’une [simple] tradition [kabala : le texte d’Ezra est ici assimilé à une simple tradition, n’ayant pas la valeur de la Bible] que tu tires : « Des coups de fouets ! » ? » [dit Yaqov].
Et [ Rabbi Hagai] lui dit : « Et il est écrit en ce même endroit [Ezra, ibid.] « Et il le fera comme si c’était la Torah » [c’est moi qui traduis assez logiquement par « comme si », puisque ce n’est pas dans la Torah. Mais Rabbi Hagai veut comprendre : « Il le fera en tant que Torah »].
Il lui dit : « De quel texte dans la Torah s’agit-il alors ? »
Il lui dit : « De ce que cite Rabbi Yohanan au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : « Et tu ne donneras pas ta fille en mariage, etc. » [Devarim 7, 3]. Et pour quelle raison ? « Parce qu’il exhortera ton fils à cesser de Me suivre » [Devarim 7,4]. Ton fils : celui qui vient d’une Israélite est appelé « ton fils » (binkha), et on n’appelle pas « ton fils » (binkha) celui qui vient d’une adoratrice des étoiles. » [C’est un peu surprenant puisque « binkha » est une marque de possessif masculin : on pourrait supposer plutôt qu’il s’agit du fils d’un père juif et d’une mère non-juive].
Il lui dit : « Tu m’as battu à plate couture, ceci est un bon enseignement avec des coups de punition, et tu m’as écrasé. Car c’est bon pour être enseigné. » »
[Fin de la traduction du paragraphe du Midrash]
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Remarque : ce texte et la décision finale concernent la circoncision, notamment à des fins de conversion et non dans l’urgence du huitième jour. Mais ce texte ne peut servir à dire que seule la mère fait la judéité de l’enfant. En effet le texte de la Torah [Devarim 7] qui est invoqué parle autant des filles que des garçons. « [3] Ta fille, tu ne la donneras pas à son fils en mariage, et sa fille n’en fais pas l’épouse du tien. [4] Car il exhorterait ton fils à cesser de Me suivre. »
En effet ici c’est celle qui épouse un idolâtre qui est le plus susceptible d’avoir des fils idolâtres, car, dit le texte, « il exhortera » : le mot est « iasir », troisième personne du masculin. On pourrait donc dire que c’est lorsque ta fille, israélite, épouse un homme idolâtre que ton fils est détourné par lui du judaïsme. Ton fils ici, se serait ton petit-fils, le fils de ta fille. Car le fils de ton fils juif est moins en danger car il n’est pas exposé a une autorité paternelle, non juive, qui lui ordonnerait de se détourner du judaïsme : son père au moins est juif. Donc celui qui a une mère juive et un père idolâtre est presque sûrement perdu pour le judaïsme et celui dont le père est juif peut bénéficier d’une autorité paternelle juive pour lui ordonner de rester juif.
On pourrait dire : de toute façon ce que nous dit le texte de Devarim c’est qu’il est dangereux d’avoir un conjoint idolâtre (adorateur d’étoiles, astrologue), qu’il soit mâle ou femelle, car il exhortera tes enfants à se détourner du judaïsme. Alors à quoi sert-il de dire « tes » enfants (sous-entendu : « juifs, eux ») si dans les deux cas enfants de ton fils ou enfants de ta fille ils se détournent du judaïsme ? D’ailleurs ici on peut penser qu’on nous parle de descendants en général d’un ancêtre juif soumis à l’influence en général d’une famille et d’un entourage non juifs.
Pour terminer, on pourrait dire que par rapport à l’époque contemporaine le texte de Devarim 7 ne s’applique pas, car les mariages avec les chrétiens ou avec les musulmans ne sont plus à considérer comme des mariages avec des idolâtres depuis le Moyen-Age (voir Maïmonide), et puis le texte en Devarim 7,1 énumère les populations concernées, à savoir les peuples non hébreux qui occupent la Terre Promise, peuples était disparus aujourd’hui. L’attitude biblique était différente à l’égard des autres peuples non-juifs de la Terre, considérés comme à peu près sans danger pour les Hébreux, ou les Juifs, du moins en ce qui concernait la foi et la fidélité au judaïsme et au Dieu d’Israël.
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