« Plus généralement, il faudrait interroger la politique humanitaire dépolitisée des « droits de l’homme » comme l’idéologie de l’interventionnisme militaire au service d’objectifs économico-politiques spécifiques. Un humanitarisme de ce type, bien sûr, se présente comme une pure défense de l’innocent et du faible contre le puissant, comme une défense prépolitique de l’individu contre les immenses machineries despotiques de la culture, de l’Etat, de la guerre, du conflit ethnique, du tribalisme et du système patriarcal; quoi qu’il en soit, comme le notait récemment Wendy Brown, il nous faut poser cette question : « Quel type de politisation ceux qui interviennent au nom des droits de l’homme mettent-ils en branle contre les pouvoirs auxquels ils s’opposent? Défendent-ils une formulation différente de la justice ou se présentent-ils en opposition à des projets collectifs de justice? » […] La politique antipolitique purement humanitaire, consistant à simplement prévenir la souffrance, se résume effectivement, en conséquence, à l’interdiction implicite d’élaborer un projet collectif positif de transformation sociopolitique. »

Slavoj Žižek Plaidoyer en faveur de l’intolérance, Ed. F. Climats, 2007, p.12.

Ce texte est très intéressant en ce qu’il peut servir à dénoncer des campagnes soi-disant humanitaires qui voudraient aboutir de fait à empêcher ou à coloniser le processus de paix entre Israël et les Palestiniens de Mahmoud Abbas. En effet des pays comme la France tentent de substituer à toute tentative de se rapprocher d’un traité de paix, animée par un esprit de justice, une référence interminable à la souffrance qui viserait à rendre impossible aux Palestiniens, tout particulièrement aux Palestiniens, toute acceptation de vivre dans un Etat véritable, avec tout ce que cela suppose d’indépendance et de non victimisation de citoyens voulant avoir leur fierté.

Aujourd’hui par exemple certains voudraient effacer par des références à répétition au blocus de la bande de Gaza les avancées des négociations enfin reprises qui pourraient bien aboutir à une paix dans les quatre mois, dans laquelle bien évidemment il ne serait plus question de blocus, puisque le blocus intervient entre deux pays en guerre, et non entre deux pays en paix. La suppression du blocus avant la paix pourrait être une fausse bonne idée, animée par cette idéologie de l’interventionnisme militaro-humanitaire (ce couple de mots qui fait un pue cercle carré mais personne en ce moment en France ne semble s’en apercevoir, surtout pas Monsieur Kouchner qui connut la chose avec ses sacs de riz en Somalie). Car à la place du blocus on risquerait d’avoir la guerre ouverte, y compris dans les eaux (et les terres) égyptiennes.

Un signe de cette bonne volonté est la teneur du discours que Mahmoud Abbas a tenu devant des Juifs aux Etats-Unis lors de sa visite ces jours-ci : il a insisté sur le fait qu’il ne cherchait pas à voir anéanti l’Etat d’Israël. Cela est d’autant plus notable que depuis quelque temps en France on a l’impression que l’on s’occupe moins d’être pro-palestinien qu’anti-existence-de-l’Etat-d’Israël.

Voilà quelques propos rapportés par le journal Haaretz le 10 juin à propos d’une recontre mercredi dernier avec les dirigeants des communautés juives américaines :

« I would never deny [the] Jewish right to the land of Israel, » Abbas then declared.

Later on Wednesday, Abbas told Charlie Rose in an interview on PBS that Israel must agree to ceding East Jerusalem as the Palestinian capital as a necessary precondition for any peace settlement.

« East Jerusalem is occupied territory. The entire world recognizes that including the United States of America, » Abbas told Rose. « We cannot accept any solution that excludes East Jerusalem. »

Traduction du début : « Abbas a déclaré alors : « Je ne dénierais jamais le droit juif à la terre d’Israël ». » Espérons que cela veut bien dire le droit à avoir un Etat qui soit l’Etat d’Israël. Il a ajouté entre autres qu’il fallait céder Jérusalem-Est comme capitale palestinienne. Nous sommes là dans des négociations qui montrent une sorte de reconnaissance mutuelle, et l’on se demande comment cela ne pourrait pas conduire à un traité de paix juste bientôt. Mais qui chez les gens du mouvement Hamas a intérêt à une telle paix ? Et la France a-t-elle intérêt elle aussi à une telle paix ? On pourrait dire oui très vite, mais est-ce vraiment la Realpolitik française ?

Une réponse

  1. Avatar de un Parisien
    un Parisien

    Mon Dieu que vous êtes optimiste lorsque vous dites que l’on pouvait aboutir à une paix dans les quatre mois. N’oublions pas que les discussions entre Abbas et le gouvernement israëlien étaient des discussions … indirects dont les résultats ne promettaient rien de beau.

    En réalité, dans toute cette histoire, il faut se demander qui a réellement entre ces mains les clés du processus de paix? Est le pauvre Mahmoud Abbas ou le Hamas? C’est difficile à le croire. Le pouvoir des discussions est du côté du pouvoir politique, économique et militaire (Eh oui, c’est malheureusement la loi du plus fort).

    Je suis persuadé que si on veut avoir la paix, il suffirait d’un coup de téléphone et le tour est joué, mais malheureusement ce n’est pas le cas et la poursuite de la colonisation et du blocus ne font qu’éloigner encore plus les espoirs de paix.

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