Ceci est une copie d’une conversation entre ChatGPT et moi (pour le I et le II)
I La possibilité de se débrouiller dans l’histoire
Ma question première était :
Les méchants ont-ils raison d’être méchants?
ChatGPT a dit :
ChatGPT
La question de savoir si les « méchants » ont raison d’être méchants dépend du contexte et de la perspective à partir de laquelle on examine leur comportement. Voici quelques éléments de réflexion :
1. Contexte et motivations
- Motivations complexes : Souvent, les actions des méchants dans les histoires ou la vie réelle sont motivées par des expériences passées, des traumatismes ou des convictions profondes. Cela ne justifie pas nécessairement leurs actes, mais peut les rendre compréhensibles.
- Perspective morale : Ce qui est perçu comme « méchant » peut varier selon les cultures, les époques et les points de vue. Parfois, ce qui est vu comme malveillant dans un contexte peut être vu comme nécessaire ou juste dans un autre.
2. Conséquences des actions
- Harmonie sociale : Les actes de méchanceté ont souvent des conséquences négatives sur les autres, créant douleur, souffrance ou injustice. De ce point de vue, il est difficile de justifier la méchanceté.
- Cycle de vengeance : La méchanceté peut engendrer un cercle vicieux de représailles, ce qui ne conduit généralement pas à des solutions durables.
3. Réflexion philosophique
- Libre arbitre et choix : Chaque individu a le choix d’agir d’une manière ou d’une autre. Certains peuvent choisir la méchanceté par désespoir ou ressentiment, mais cela ne signifie pas qu’ils ont raison de le faire.
- Théorie du juste milieu : Aristote, par exemple, prône la recherche d’un juste milieu entre les excès et les déficiences, suggérant que ni la méchanceté ni l’excès de bienveillance ne sont idéaux.
4. Rédemption et changement
- Capacité de changement : Beaucoup de récits montrent que même les méchants peuvent changer, se repentir ou évoluer, ce qui implique que la méchanceté n’est pas une condition irréversible ni nécessaire.
En somme, bien que les motivations derrière la méchanceté puissent être compréhensibles, cela ne justifie pas pour autant les actes de méchanceté, surtout lorsqu’ils nuisent aux autres. La réflexion morale, les conséquences des actions et la possibilité de rédemption sont des éléments essentiels à considérer.
Ma 2e question était :
Oui mais réagissent-ils mieux au monde tel qu’il est que les gentils?
ChatGPT a dit :
ChatGPT
La question de savoir si les méchants réagissent mieux au monde tel qu’il est que les gentils est complexe et dépend largement de la manière dont on perçoit le monde et les stratégies de survie dans celui-ci. Voici quelques pistes de réflexion :
1. Adaptation au monde réel
- Vision cynique : Les méchants pourraient être perçus comme ayant une vision plus réaliste ou cynique du monde, reconnaissant les aspects brutaux, égoïstes et injustes de la vie. En ce sens, ils pourraient adopter des comportements qui leur permettent de mieux s’adapter à un monde perçu comme impitoyable.
- Pragmatisme : Les méchants peuvent être pragmatiques, prêts à faire ce qu’il faut, même si cela implique de blesser les autres ou de contourner les règles, pour atteindre leurs objectifs. Cela peut leur donner un avantage dans certaines situations où la compétition est féroce.
2. Vision idéaliste des gentils
- Naïveté ou espoir : Les gentils sont souvent perçus comme plus idéalistes, croyant en la bonté humaine, la justice et la coopération. Cette approche peut sembler moins adaptée dans un monde où ces valeurs sont parfois ignorées.
- Résilience morale : Cependant, leur attachement à des principes éthiques et moraux peut les rendre résilients, même dans l’adversité. Ils peuvent inspirer et créer du changement positif en refusant de succomber à la méchanceté.
3. Efficacité à court terme vs long terme
- Méthodes à court terme : Les méchants peuvent obtenir des résultats rapides grâce à des méthodes sans scrupules, mais cela peut leur aliéner les autres à long terme, menant à l’isolement ou à des représailles.
- Confiance et coopération : Les gentils, en promouvant la coopération et la confiance, peuvent construire des relations solides et durables, ce qui leur donne un avantage sur le long terme dans les communautés humaines.
4. Impact émotionnel et psychologique
- Charge émotionnelle : Les méchants peuvent parfois souffrir intérieurement de leurs actions, surtout si elles vont à l’encontre de leur propre conscience ou s’ils sont confrontés aux conséquences de leurs actes.
- Satisfaction personnelle : Les gentils, en aidant les autres et en restant fidèles à leurs principes, peuvent trouver une satisfaction personnelle et un sens plus profond à leur vie, même si cela ne leur donne pas toujours un avantage immédiat.
5. Evolution du monde
- Adaptabilité : Le monde évolue constamment, et ce qui peut sembler un avantage dans un certain contexte peut devenir un inconvénient dans un autre. La capacité d’adaptation est clé, et elle n’est pas nécessairement liée à la méchanceté ou à la gentillesse.
- Changement social : Les gentils peuvent jouer un rôle crucial dans le changement social, en défendant des valeurs qui rendent le monde plus juste et humain, même si cela semble utopique à certains moments.
Conclusion
En fin de compte, les méchants peuvent parfois sembler mieux réagir aux aspects durs et compétitifs du monde, mais cette adaptation est souvent à court terme ou au prix de relations et de bien-être personnel. Les gentils, bien que parfois perçus comme naïfs, peuvent avoir une approche plus durable et enrichissante, tant pour eux-mêmes que pour la société. La réponse dépend donc de la perspective adoptée : efficacité à court terme vs durabilité à long terme, pragmatisme vs idéalisme.
J’ai dit :
Pas mal!
ChatGPT a dit :
ChatGPT
Merci ! Content que ça te plaise. Si tu as d’autres questions ou réflexions, n’hésite pas !
II L’histoire humaine aide-t-elle l’individu humain à réaliser toutes ses possibilités ?
1°) La connaissance de l’histoire donne de l’expérience, notamment on passe de la relation cause-effet à la relation fin-moyen
2°) J’observe ce que je ne veux pas parmi les possibles (ainsi je dis « ceci ce n’est pas moi, je n’en veux pas », par exemple pour le choix d’un métier)
3°) La connaissance de l’histoire dans son déroulement précis m’aide à définir un ordre de succession a) pour des actions et b) pour des événements
4°) La connaissance de l’histoire m’aide à savoir quelles routes seront barrées par certaines de mes actions possibles, peut-être définitivement
ChatGPT reformule les choses ainsi :
C’est un sujet très intéressant qui touche à la relation entre l’individu et l’histoire collective. Voici quelques réflexions sur les points que tu as soulevés :
1°) L’expérience via la relation cause-effet et fin-moyen
La connaissance de l’histoire permet effectivement de comprendre comment certaines actions ont mené à des résultats spécifiques. En observant les causes et leurs effets, l’individu peut non seulement anticiper les conséquences de ses propres actions, mais aussi adopter une approche plus stratégique en utilisant la relation fin-moyen. Par exemple, en étudiant les erreurs et réussites du passé, on peut mieux choisir les moyens pour atteindre une fin souhaitée.
2°) Définition de soi par le rejet de certains possibles
L’histoire humaine offre une vaste palette de choix, d’expériences et de modes de vie. En observant les parcours des autres à travers le temps, l’individu peut mieux comprendre ce qui ne lui correspond pas. Cette connaissance aide à affiner ses propres aspirations et à définir son identité en rejetant ce qui n’est pas aligné avec ses valeurs ou ses désirs.
3°) L’ordre de succession dans les actions et événements
L’histoire permet de voir comment les événements s’enchaînent et comment certaines actions précèdent ou déclenchent d’autres. Cette connaissance aide à planifier et à structurer ses propres actions de manière logique et cohérente. Par exemple, savoir que certaines étapes sont nécessaires avant d’atteindre un objectif peut éviter des erreurs et des pertes de temps.
4°) Les routes barrées par certaines actions
L’histoire montre aussi que certaines actions peuvent fermer des portes de manière irréversible. En comprenant les conséquences de décisions passées, l’individu peut mieux évaluer les risques et les coûts associés à certaines actions. Cela permet de prendre des décisions éclairées et de minimiser les regrets en évitant des chemins sans retour.
Conclusion
L’histoire humaine, par la richesse de ses enseignements, aide l’individu à réaliser ses possibilités en offrant des repères, en clarifiant les choix, et en fournissant des leçons sur les conséquences des actions. Toutefois, la réalisation de toutes les possibilités dépend aussi de la capacité de l’individu à intégrer ces connaissances de manière personnelle et créative pour forger son propre chemin.
Qu’en penses-tu ? Y a-t-il des aspects que tu aimerais approfondir ?
Moi j’ai posé cette question à ChatGPT :
Peut-on approfondir sur la moralité de mes choix ?
ChatGPT a dit :
ChatGPT
La moralité des choix individuels en lien avec l’histoire humaine est une dimension complexe mais essentielle à explorer. Voici quelques réflexions pour approfondir cette question :
1. L’histoire comme guide moral
L’histoire regorge d’exemples où des choix moraux ont conduit à des résultats variés, allant du progrès au désastre. En étudiant ces choix, l’individu peut s’inspirer des leçons morales tirées du passé. Par exemple, les conséquences des injustices, des guerres ou des mouvements pour la justice sociale offrent des enseignements précieux sur ce qui est moralement souhaitable ou condamnable.
2. Éthique contextuelle
L’histoire montre que les normes morales évoluent avec le temps et le contexte culturel. Ce qui était moralement acceptable à une époque peut être jugé différemment aujourd’hui. Cette compréhension aide l’individu à contextualiser ses choix, en reconnaissant que la moralité n’est pas toujours absolue, mais souvent relative aux circonstances historiques et culturelles.
3. Responsabilité personnelle et collective
L’histoire humaine illustre également les dilemmes entre responsabilité individuelle et collective. Par exemple, des actions qui semblent moralement justifiées sur le plan personnel peuvent avoir des implications collectives négatives. L’individu peut ainsi apprendre à peser ses choix en tenant compte non seulement de son bien-être personnel, mais aussi de leur impact sur la société.
4. Leçons de courage et de résistance
De nombreux récits historiques montrent des individus ou des groupes qui ont fait des choix moraux courageux malgré des pressions adverses. Ces exemples peuvent inspirer l’individu à agir avec intégrité, même lorsque ses choix sont difficiles ou impopulaires. Ils rappellent que la moralité implique souvent de résister à la facilité ou à la conformité lorsqu’elles contredisent des principes éthiques fondamentaux.
5. Les limites de la connaissance historique
Bien que l’histoire offre de nombreuses leçons, elle ne fournit pas toujours des réponses claires sur ce qui est moralement juste dans toutes les situations. Chaque individu doit donc interpréter les leçons historiques avec discernement et développer sa propre boussole morale, en s’appuyant sur une combinaison de connaissance historique, de raisonnement éthique, et de réflexion personnelle.
Conclusion
La moralité des choix individuels est enrichie par la connaissance de l’histoire, mais elle exige aussi une réflexion personnelle continue. En tirant parti des leçons du passé, l’individu peut mieux naviguer les dilemmes moraux contemporains, en prenant des décisions éclairées et responsables.
Que penses-tu de cette exploration ? Y a-t-il un aspect particulier de la moralité dans les choix que tu aimerais approfondir davantage ?
Moi je pose cette question à ChatGPT : Peut-on dire que les choix moraux ne valent que pour une certaine époque?
ChatGPT a dit :
ChatGPT
La question de savoir si les choix moraux ne valent que pour une certaine époque touche à la relativité de la moralité et à l’évolution des normes éthiques dans le temps. Voici quelques points pour approfondir cette réflexion :
1. Relativité des normes morales
Les normes morales évoluent souvent en fonction du contexte historique, culturel et social. Ce qui est considéré comme moralement acceptable à une époque peut être rejeté à une autre. Par exemple, des pratiques comme l’esclavage ou la discrimination, autrefois courantes et acceptées dans certaines sociétés, sont aujourd’hui universellement condamnées. Cela illustre que les choix moraux peuvent être influencés par les valeurs prédominantes d’une époque.
2. Valeurs universelles vs. valeurs contextuelles
Bien qu’il y ait une certaine relativité dans les normes morales, certaines valeurs semblent transcender les époques, comme le respect de la dignité humaine, la justice, et la compassion. Ces valeurs universelles servent souvent de fondement à des principes éthiques qui perdurent malgré les changements sociétaux. Cependant, l’application de ces valeurs peut varier en fonction du contexte spécifique de chaque époque.
3. L’évolution des consciences morales
L’histoire montre que la conscience morale collective peut évoluer. Des choix qui semblaient moralement neutres ou même positifs dans le passé peuvent être reconsidérés à la lumière de nouvelles compréhensions éthiques. Par exemple, le traitement des droits des femmes, des minorités, ou de l’environnement a évolué de manière significative au fil des siècles.
4. Le jugement rétrospectif
Les individus et les sociétés jugent souvent les actions du passé à travers le prisme des normes morales contemporaines. Cela peut conduire à des critiques des choix passés, mais aussi à une reconnaissance des progrès réalisés. Cette capacité à revoir les choix moraux du passé reflète la dynamique de l’éthique humaine, qui n’est jamais figée.
5. Les choix moraux comme reflets de leur temps
Certains choix moraux sont inévitablement liés aux conditions et aux connaissances de leur époque. Par exemple, les décisions concernant la technologie, la santé, ou les relations sociales étaient souvent basées sur des informations et des compréhensions limitées à ce moment-là. Cela ne signifie pas nécessairement que ces choix étaient erronés, mais qu’ils étaient adaptés au contexte dans lequel ils ont été pris.
Conclusion
Il est juste de dire que de nombreux choix moraux sont influencés par l’époque dans laquelle ils sont faits, mais cela ne diminue pas nécessairement leur valeur ou leur pertinence. La moralité est à la fois une réponse aux conditions spécifiques d’une époque et une quête continue vers des principes éthiques plus élevés et universels. La réflexion critique sur les choix passés et présents permet d’évoluer vers une compréhension plus profonde et plus juste de la moralité.
III L’influence romantique concernant le rapport du moi à l’histoire et de l’histoire au moi
Nous nous inspirerons d’un article de Gianni Iotti « Lamartine : le moi et l’histoire » (Revue italienne d’études françaises, 3/2013). Cet article montre que l’idée d’une histoire qui se terminerait par la décision de la Raison ne marche pas car quelque chose s’échappe de l’homme qui lui échappe de temps en temps qui est l’expression du moi singulier de chaque individu comme action qui finit par ne plus être quantité négligeable. Le sujet romantique se révolte contre une histoire déterministe et va prouver que l’histoire réelle n’est pas déterministe car chaque individu peut avoir le souci de réaliser un devoir-être dans le réel par sa propre action.
Le moi va affirmer qu’il est antérieur à l’histoire et voit « d’un œil inaltérable les phases de l’humanité » (Lamartine, Méditations poétiques, « Le génie », in Œuvres poétiques, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1963, p.54).
Le moi romantique pourrait être tenté d’échapper à une histoire qui s’est montrée chaotique et effrayante, une histoire « où la route finit, où l’esprit des humains cherche, tâtonne, hésite entre mille chemins, ne pouvant ni rester sous un passé qui croule, ni jeter d’un seul jet l’avenir dans son moule » (Lamartine, Jocelyn (1836) Op.cit. p.595). Le moi peut s’apparaître à lui-même comme le seul point fixe, sans voir que la personne qui dit « Je » contribue aussi à l’histoire. La position de retrait total serait désespérante sur l’homme et sur le destin de l’histoire humaine. Georg Lukacs écrit : « Cette autarcie de la subjectivité est la plus désespérée de ses ultimes défenses, le renoncement à toute lutte pour se réaliser hors d’elle, dans le monde, lutte considérée d’avance comme sans issue et dégradante » (Théorie du roman, Genève, Editions Gonthier, 1963, p.111). Dans le poème « La solitude » (Nouvelles méditations poétiques) Lamartine parle d’effacer de mon vivant mes traces sur la terre, de me nourrir d’espoir et de m’abreuver d’oubli. Quel espoir peut-il rester si l’on sort de l’histoire ? En une vie après la mort ? Vers et après 1948, l’élan mystique de Lamartine prend un autre cours et s’intéresse à l’idée d’une mystérieuse providence divine : « Sans connaître jamais ses plans sur l’univers, /A la trame des temps travaillant à l’envers, /Les nations de l’œil à leur insu guidées/ Sont dans la main de Dieu les instruments d’idées » (Œuvres poétiques, Op.cit. p.724).
Les romantiques se partagent entre ceux qui pensent que le moi et l’histoire sont entre eux en conflit, et ceux qui demandent de faire attention non pas à quelques-uns, géniaux ou pas, mais à la multitude et notamment aux humbles et à leur émancipation, avec translation du sacré vers le peuple, que l’on pourrait croire un être de fiction. On reproche à ce qu’on appelle « la bourgeoisie » d’avoir désacralisé le peuple. Ainsi, l’on a cette envolée romantique dans le Manifeste du Parti communiste : « Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité à quatre sous dans les eaux glacées du calcul égoïste. […] Tout ce qui était sacré [a été] profané » Paris, 10/18, 1962, p.23-24). Cependant comme le souligne Paul Bénichou le poète n’a pas au XIXe siècle assez de vocation sacerdotale pour écrire la grande épopée qu’il faudrait. Dans sa tentative avortée, Visions, Lamartine voulait voir à la fois l’épique, le lyrique, le métaphysique, l’ensemble de l’histoire humaine et le poète lui-même. Mais on sait le poète à cheval entre le réel et l’imaginaire, et sa mission « céleste » risque de ne pas être reconnue (Le sacre de l’écrivain (1975), « Quarto », Gallimard, 1996, p.179-181). Dans Harmonies Lamartine va imaginer qu’il devance les siècles de l’effondrement et voit l’avenir espéré :
« Je le vois ! Mon regard devance / Le pas des siècles plus heureux ! / La colonne de l’espérance/ Marche et m’éclaire de ses feux ! »
(L’Esprit saint (Harmonies, IV, 12) poème de 1820-1830, cité par Bénichou, Ibid. p.184).
Le ton est biblique, Lamartine évoque la nuée et la flamme qui guident les Hébreux sur le chemin de la Terre promise après qu’une « céleste tempête » leur a permis d’accéder à « des plages nouvelles ».
Autre image, dans les Rêveries sur la nature primitive de l’homme, de Senancour (T. II, cité p. 197 de Le Sacre de l’écrivain, op.cit.) : « C’est l’action continue des douleurs, c’est la chute de cette goutte amère qui creuse la vie, qui féconde les semences du vrai dans le sol aride, et qui découvre des germes sublimes dans le fumier terrestre. ».
La souffrance de l’écrivain romantique est le signe d’une insatisfaction qui doit conduire à l’action, fécondée à la fois par cette douleur et par l’espérance que la beauté de ses textes rend séduisante. Le poète nous incite à considérer que l’idéal est au plus proche de la Vérité, comme si lé réalité présente était du côté de la fausseté. C’est que le moi n’est pas encore ce qu’il doit être, faute de milieu favorable.
IV Le souci de soi éloigne-t-il ou rapproche-t-il des autres ?
En faussant quelque peu l’interprétation des Entretiens d’Epictète I 11, Frédéric Gros pose ce problème, et y répond en disant qu’Epictète établit que l’homme qui ne supporte pas de voir sa fille malade se préoccupe trop d’elle et pas assez de lui. S’il pensait plus à lui il se sentirait responsable, il aurait un peu plus de distance avec le monde et saurait quoi faire : il se mettrait à mieux formuler ses opinions dont celle sur le rôle d’un père de famille, comme protéger les siens et être près d’eux quand ils sont malades. « On se soucie de soi non pas pour échapper au monde mais pour agir comme il faut » (« Le souci de soi chez Michel Foucault », in Vivre pour soi, vivre pour la cité, Perrine Galand-Hallyn et Carlos Levy dir., PUPS (Presses de l’Université Paris-Sorbonne), 2006, p.24). Il y a une scission entre moi et l’œuvre de ma vie à accomplir. Et cette œuvre passe par le jugement des autres pour me revenir. La question « Qui suis-je ? » passe en second par rapport à la question « Qui es-tu ? », dit l’article (Ibid. p. 29), mais la culture juive nous dit que la question « qui es-tu ? » passe en second par rapport à ma réponse à l’appel mystérieux : « Ayeka ? » « Où es-tu ? », à laquelle répond « Hinéni ! », « Me voici », « Je suis là ! ». Cet engagement prime sur tout.
Cicéron dans le De Officiis nous montre acteurs, chacun, de quatre personnages, quatre « personae » en latin. Chacun de nous est un, en et par ces 4 personae : (1) la persona rationnelle, commune à tous les hommes, (2) les particularités propres à chaque individu, (3) les éléments apportés par la Fortuna, la société, et (4) la personnalité qu’il ou elle se forge lui-même, elle-même. La 3e persona est ce que la société attend de nous. On se sépare là d’une quête de la prétendue authenticité d’un « être-là » qui tomberait les masques : ces quatre personnages, ces quatre rôles, nous constituent tout en changeant tout le temps. Même la raison, ajouterons-nous avec Bachelard, se modifie avec la connaissance de la science, des sciences. On aurait tort de traiter d’hypocrite celui qui met en avant à tel moment une persona plutôt qu’une autre, ou d’instable celui ou celle qui change de persona « visible » en fonction de la situation : ces quatre personae sont toujours là. Voilà ce que Cicéron nous pousse à dire (Voir De Officiis, Livre I, Chap. XXXII sqq).
Toutes ces réflexions sur le moi convergent vers le souci de grandir et se grandir : dignité et noblesse d’âme. Reprenons le texte d’Epictète. L’appel à la grandeur d’âme détourne à la fois de l’immédiateté des émotions, et donc de l’envie de fuir la scène insoutenable de la fille malade, cette « opinion » étant à considérer comme mauvaise, et en même temps cet appel fait réfléchir à ce que « je » dois à ma propre dignité, par référence à ce que « je » dois à ma propre dignité, par référence à ce que c’est qu’être père avec noblesse. Alors je pense au malheur de ma fille malade qui sans ma présence serait livrée à d’autres « moi », d’autres individus, indifférents et peut-être vils. Et moi-même, en fuyant, je m’avilis. Ainsi, la comparaison des opinions m’aide à choisir la meilleure et celle-ci est du côté du souci de l’autre et de la présence avec lui. On pense à une phrase du genre : « Toi, ma fille, je ne te laisserai jamais tomber. » On atteint ainsi une possibilité de stabilité, du moi comme du lien familial et social.
L’histoire vient au secours de cette aspiration à la grandeur : on trouve ce texte dans une revue du Romantisme français (Le Globe, 13 octobre 1824, art. attribué à Dubois, cité par Paul Benichou, op.cit. p. 293-294) : « Les formes guindées de l’étiquette, cette nature de convention où tout se ressemble, ne peuvent convenir désormais à un peuple qui a vu les originalités et les diversités de caractère se produire avec une énergie si naïve et si merveilleuse à la fois : notre littérature a besoin de devenir humaine, si j’ose parler ainsi, et de se réduire à la réalité. » La réalité influence les lecteurs qui attendent une révolution littéraire valorisant les individualités dans leur originalité et leur diversité, même aux dépens des conventions. Il doit en résulter le plus grand plaisir, par le « drame historique ». Avec Vigny, Hugo et quelques autres la religion de l’art reconnaît à l’artiste de génie, au poète en particulier, le don de dire le sens du réel, et cela culmine avec le drame romantique, considéré comme l’aboutissement de l’histoire littéraire de l’humanité, avec tous ses contrastes, en particulier le sublime et le grotesque. Et la promotion du Peuple conduit au désaveu d’un certain monde et de ses règles de bienséance. La vérité se veut « totale », avec ce que ce mot a pour nous d’inquiétant à cause de l’histoire du totalitarisme du XXe siècle et de sa descendance actuelle. L’art nous aide à revivifier dans notre mémoire les événements du réel dont l’importance a échappé à notre vigilance. Cela nous rappelle l’importance de A la Recherche du Temps Perdu, de Marcel Proust, pour penser chaque humain de façon singulière, originale, et mouvante tout au long de sa vie. Ce n’est pas la vie telle qu’on la décrit de l’extérieur qui explique l’homme, et l’écrivain, c’est sa mémoire alliée à son génie. On voit bien cependant ce que tout cela peut avoir de scandaleux par rapport à la morale et au droit, qui règlent notre vie commune.
V Ma responsabilité pour autrui
En premier Levinas me pose comme responsable de ce que l’autre fait, de sa responsabilité (Ethique et infini, dialogues avec Philippe Nemo, Livre de Poche, 1982, p.91-92). « J’entends la responsabilité comme responsabilité pour autrui, donc comme responsabilité pour ce qui n’est pas de mon fait, ou même ne me regarde pas : ou qui précisément me regarde, est absorbé par moi comme usage. » Cela fait penser au Misanthrope, « Eautontimoroumenos », de Ménandre (repris par Térence, inspirateur de Molière), qui dit : « Tout me regarde » à celui qui lui disait : « Mêle-toi de tes affaires ». Montaigne réinterprète la phrase en « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger », une philanthropie peut-être encore trop centrée sur le « moi » de Montaigne, mais cette fois-ci on a de la bienveillance. Levinas, lui, écrit, en réponse à l’appel biblique : « Dire : me voici. Faire quelque chose pour un autre. Donner. Etre esprit humain, c’est cela. L’incarnation de la subjectivité humaine garantit sa spiritualité. » On voit que cette « incarnation » est la préoccupation non plus de ma propre grandeur, mais de « l’expressif en autrui qui m’ordonne de le servir » (ibid. p. 94).
Il y a cependant encore peut-être une relative indifférence à l’amour que peut me porter autrui ; « Je suis responsable d’autrui sans attendre la réciproque, dût-il m’en coûter la vie : la réciproque, c’est son affaire » (ibid. p.94).
Philippe Nemo lui demande : « C’est-à-dire que si les autres ne font pas ce qu’ils ont à faire, c’est à cause de moi ? » Levinas répond, de nouveau un peu trop centré sur le moi : « Je suis responsable des persécutions que je subis. » Cependant on pourrait dire que s’il y a des persécuteurs dans l’histoire présente et future, j’ai à me sentir responsable de ne pas les avoir détournés de cette mentalité persécutrice, je n’ai pas à me considérer comme victime mais agir de façon préventive non seulement pour moi, mais à la limite pas pour moi mais pour les autres, dont eux.
Je dois en quelque sorte me vivre comme l’aîné, comme né avant autrui, ma « primo-géniture » (p.97) rend ma responsabilité incessible. Même otage du « plus jeune », je dois me vivre comme interchangeable quand il se croit peut-être unique (p.97). Peut-être Levinas pense-t-il que l’histoire immémoriale d’un Juif le rend particulièrement éclairé parce que particulièrement isntruit par sa mémoire de l’histoire. Il insiste par la suite sur son rôle de témoin. On sait que la phrase fondamentale de ma judéité, « Chema Israel, Adonaï elohenou, Adonaï e’had », comprend deux lettres plus grosses que les autres, le « ayin » de « Chema » (pour ne pas confondre avec le « chema » avec « aleph » qui veut dire « peut-être »), et le « dalet » de « e’had » (pour ne pas le confondre avec le « rech » de « a’her » qui veut dire « autre »), et ces deux lettres réunies font « ed », « le témoin » que je suis et que j’ai à être, qui du simple fait d’être là (« Hineni », « me voici ») change le cours de l’histoire comme le sent dans l’entretien Philippe Nemo, « car dire : « Me voici ! » alors que la vie semble aller dans une direction toute contraire, puisque la vie ne veut qu’elle-même et commande la seule persistance dans l’être, c’est manifester par contraste quelque chose de supérieur à la vie et à la mort, glorieux par là-même… » (Ibid. p.105). Mais Philippe Nemo est encore trop marqué par la tradition dont on a parlé avec Epictète et Cicéron de « me » grandir plus que de penser à l’autre. Levinas ne lui répond pas directement mais fait de longues citations de son livre Autrement qu’être, qu’il nous oblige à lire ainsi.
Dès que je me mets à parler, à dialoguer, « dire », c’est répondre d’autrui » (Autrement qu’être, Livre de Poche, 1978, p.80). La mémoire ne me donne pas de date où aurait été contractée ma responsabilité pour autrui qui me met « à la merci de la liberté et du doute – pour moi incontrôlables – de l’autre homme » (ibid. p.80-81). Ce n’est pas un contrat, c’est ma « passivité extrême » (Ibid.).
Il s’agit de « retourner comme une veste » la conscience, laquelle, par elle-même, serait restée pour soi jusque dans ses visées intentionnelles. (Ibid. p.82-83). S’exprimer devient s’ex-primer, comme s’expulser de tout lieu, y compris du « chez soi », même celui du « sous la peau » (Cf. p.83). « L’un s’expose à l’autre comme une peau s’expose à ce qui la blesse » (p.83). Nous ne reparlerons pas de la substitution, nous renvoyons à notre conférence « La substitution comme remplacement temporaire du « conatus essendi » : Levinas, De Dieu qui vient à l’idée » (in Politique de l’individu-citoyen, L’Harmattan, Paris, 2022, p.133-147). Pur combat contre la tentation de repousser l’autre, « la bonté est dans le sujet, l’an-archie même, en tant que responsabilité pour la liberté de l’autre, antérieure à toute liberté en moi, mais aussi précédant la violence en moi qui serait le contraire de la liberté, car si nul n’est bon volontairement, personne n’est du Bien l’esclave » (Autrement qu’être, op.cit., p.216) Je ne suis, sauf si je me trompe, ni l’esclave dun « moi » qui serait « authentique » et premier, ni l’esclave d’un Bien qui passerait avant le souci de l’autre (p.217).
Finalement « la paix avec l’autre est avant tout mon affaire » (Ibid.)
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