La paracha Bamidbar est au début du quatrième livre de la Torah, le dernier écrit selon la tradition par l’Eternel, car le livre Devarim-Deutéronome est attribué à Moïse. Aujourd’hui vendredi se termine Yom Yérouchalaïm, et va commencer un Chabbath qui précède Roch ‘Hodech Sivan. Donc la haphtara sera l’histoire de David et Jonathan (Samuel I Chap.20, 18-42). Le fils du roi Saül dit à David : « Va ! Et que ce soit pour la paix. »
La Paracha, elle, semble faite pour organiser une armée, méthodiquement, en un ordre qui serve à la fois pour le mouvement et pour le repos. Cela commence par un recensement des noms de chacun, bien individualisé, dans chaque tribu désignée par son nom elle aussi. 12+1 au milieu, les Lévi. Les enfants de Joseph sont au départ deux demi-tribus. Ici il y aura un entourage de 4 fois 3 tribus, autour des Lévi qui porteront les instruments du Temple, service du service. A propos de la paracha suivante, Nasso, on dit que ce verbe signifie que les enfants porteront le chant, définissant le service.
Le nom de Lévi fut donné par Léa : « Maintenant mon époux m’accompagnera » (Berechit 29,34). Il ne faut pas trop mettre à part celui qui assure l’unité : le Lévi, le général, Moïse, me Qohelet, le divin. L’Eternel est « un ». « Un » se dit « e’had » en hébreu, et le nombre associé aux lettres de mot est 13, comme les 13 tribus. L’Eternel est désigné comme « Hou », « lui », dans la Cabbale, selon Joseph Gikatila (Les Portes de la Lumière – Chaarei Ora), quand il est considéré sous l’aspect de la séfira « Keter », « La couronne ».
C’est le général qui fait l’armée, et pas l’inverse, dit le philosophe Aristote. Il dit aussi que seul celui qui est stable et en bonne santé dit ce qu’est « cela », l’objet, et non pas le malade et l’instable.
Mais il n’est pas question ici que de « cela », il s’agit de « nous » et de « lui ». La haphtara nous invite à considérer les relations « je-tu » et l’amitié, et à repenser la paracha Bamidbar ainsi cette année, peu avant Chavouot, où seront dites les « Dix Paroles ».
Jonathan « trahit » son père par amitié pour David (c’est l’épisode du tir à l’arc). Il y a dans le Tanakh trois « bonnes » trahisons du père par son fils : Abraham casse les idoles de son père Terah, Jacob se fait passer pour Esaü auprès de son père Isaac, Et Jonathan préserve David de la folie meurtrière de son père le roi Saül.
Les pères juifs, eux, « rachètent » les premiers-nés parmi leurs enfants : la cérémonie est encore actuelle.
Ainsi ce chabbath nous invite à sortir de la causalité et de la quantité, (ne pas se laisser tromper par le titre chrétien « Nombres » pour le 4e livre de la Torah), et à passer à la relation et à la finalité. Aujourd’hui nous finissons la lecture des Pirqei Avot – Sentences des Sages : « Toute amitié fondée sur l’intérêt cesse avec la cause qui l’a fait naître, mais l’amitié désintéressée ne cesse jamais. Voulez-vous avoir un exemple d’attachement intéressé, voyez l’affection d’Amnon pour Tamar. L’amitié de David et Jonathan offre un exemple d’un attachement qui ne tient à aucun intérêt (P. A. V, 18). » A la différence des controverses de Hillel et Chamaï, « les discussions intéressées sont stériles » (P.A. V, 19).
Là où le désert d’humanité est à traverser, « efforce-toi d’être un homme », une femme, nous rappellent les Pirqei Avot, car « les bases du langage ne sont pas des noms de choses, mais des rapports » (Martin Buber, Je et tu, 1er chapitre). Il nous faut résister à la tentation de la fusion, de la symbiose, et garder la distance sans hostilité de l’amitié fidèle et désintéressée dans nos rapports avec le sacré comme avec le profane.
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