Aujourd’hui c’est la fin des 4 livres de la Torah attribués directement à l’Eternel parlant à Moïse. Car le 5e livre, Devarim-Deutéronome, est attribué à Moïse. Que nous disent les dernières lignes de la dernière paracha (Matot-Masei) ? Que si bon que l’on soit, on peut être amené à devoir ajouter un acte, bon, à un acte ou un décret antérieur bon, pour éviter des conséquences indésirables. Il s’agit des filles de Zélophéhad.
Certains appellent « conséquentialisme » une théorie dite « morale » qui admet des moyens moyennement moraux pour une fin bonne. Pour ma part je ne saurais jamais cautionner l’expression « la fin justifie les moyens », car les moyens injustifiables restent injustifiables. Sinon on est dans la scène désopilante du film Le cinquième élément, où le méchant casse exprès un objet pour qu’ensuite on voie se presser des robots nettoyeurs, et déclare que le méchant provoque plus de bien que le gentil par ses mauvaises actions…
Non, on peut penser autrement une morale qui soit à la fois de l’intention et du souci des conséquences. Si une bonne règle ou une bonne action a des conséquences mauvaises on ne va pas forcément renier la règle ou interdire la bonne action, mais on va assurer une sorte de suivi, de « SAV » en analysant les conséquences et en produisant une nouvelle règle ou une nouvelle action qui interdise certaines de ces conséquences.
La correction est possible parce que comme le souligne Aristote (Ethique à Nicomaque VI) l’action morale ne concerne que le domaine du contingent et non le domaine du nécessaire : il faut avoir le choix. Sinon ce qui arrive est du domaine de la physique, de la chimie, etc.
Cela va avec une fin du 4e livre de la Torah, Bamidbar, qui est une promesse de vigilance à à venir et d’interventions à venir de l’Eternel (et des humains). Il s’agit de l’héritage d’un père qui n’a que des filles : l’Eternel a donné aux filles et pas seulement aux garçons l’héritage, à la demande de certaines filles, de Zélophéhad : Mahla, Hogla, Milca, Noa’h. Mais après cela il donne des règles de répartition des biens mobiliers et immobiliers, notamment entre tribus. Donc les hommes de la tribu des filles viennent parler mathématiques : si les filles se marient l’héritage après elles ira par leurs enfants à la tribu de leurs maris et cela amoindrira le lot de la tribu des filles. Et cela serait déstabilisant pour l’avenir. Alors l’Eternel pose une nouvelle règle : dans le cas où un père n’aurait que des filles, celles-ci devront se marier dans leur propre tribu. Et les filles en question épousent, dans le texte, les fils de leurs oncles paternels. Elles seront appelées prophétesses par la suite et on honorera leur mémoire.
Bien sûr on est dans un contexte d’une histoire voulue stable. Un autre mode d’intervention sera celui de l’Eternel dans le Livre de Job, où l’ordre du monde à la fin du livre n’est plus le même irrémédiablement qu’au début du livre.
On peut conclure de ce choix de terminer les 4 premiers livres de la Torah que l’Eternel laisse espérer une intervention corrective comme possible, qui ne « justifie » pas pour autant des « moyens » immoraux. Le monde est complexe et il faut éviter que les bonnes actions conduisent à des catastrophes en raison de circonstances nouvelles. Car sinon la peur des conséquences paralyserait l’action juste des justes sans gêner les méchants.
Sartre quelque part propose l’inhumain, à tort, à savoir que celui qui agit devrait assumer la responsabilité de ce qu’il a déclenché, même comme conséquences lointaines, sans correction ultérieure à envisager. En réalité dans le monde il y a sans cesse de nouveaux faits qui modifient, d’une part, les possibles, et qui d’autre part déclenchent parfois des enchaînements inéluctables si on ne les empêche pas suffisamment d’avance, bien qu’imprévisibles à l’heure de l’action initiale. Or comme le dit Aristote la morale concerne le possible, non le nécessaire. Et si l’on veut BIEN vivre, et pas seulement vivre, il faut sortir du nécessaire et espérer, éventuellement d’une intervention divine, que le possible se substitue de nouveau aux enchaînements nécessaires et inéluctables. C’et en cela que le messianisme juif est un facteur d’espérance pour toute l’humanité et fait sortir de la « roue du temps ».
Rappelons que Moïse a demandé peu de temps auparavant une intervention divine comme nouvelle CREATION pour lutter contre l’influence de Qorah.
Au passage, c’est parce que le monde est variable et complexe que la Torah aménage une possibilité d’annulation des vœux, reprise de façon solennelle et autrement avec le Kol Nidrei le jour de Kippour (concernant l’année passée pour les Sépharades, et l’année à venir pour les Achkénazes). Les vœux « inconsidérés » sont ceux que l’évolution du monde rend impossibles à réaliser, ou à réaliser sans être en tort (début de la paracha Matot dans Bamidbar).
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