Au verset 10 du chapitre 29 de Devarim (versets 9-10) le puiseur d’eau est nommé en dernier, comme le plus humble du peuple, et en fait c’est un « guer » qui vit au milieu des Hébreux, de Juifs, dans une liste qui commence au verset 9 par le ou les chefs, le « roch ».
Il s’agit de se tenir debout, là, maintenant, ce même jour de la Paracha Ki tavo, pour que chacun se vive bien dans l’alliance avec l’Eternel : la « Terre promise » ?  Ici « la Terre donnée ». Le texte dit : « Tu passes dans l’alliance etc. » (v. 11) (« leavrekha bevrit ») de l’Eternel ton Dieu. Et l’on sait que ce franchissement d’étape et de fleuve désigne aussi l’hébreu, comme passeur (« Ivri »). Il ne dit pas dans ce début de paracha que tout le monde passe dans la Terre promise. Autre relative abstraction dans le même verset 11 : « [Et tu passeras] dans Sa « אלה », « ala ». ce mot « ala » n’a pas en premier sens l’idée d’une malédiction comme le laissent entendre des traductions. Le premier sens est : une alliance conclue par le fait d’un serment. On note la parenté avec « Elohim » : « Elohaï », « Elohekha », « Elohim », qui est le pluriel de « Alah », homonyme ou même nom.
Ce serment, on peut l’imaginer double ici (le verset 12 dit l’alliance conclue « hayom », aujourd’hui), serment de l’homme joint au serment de l’Eternel. Il a promis en effet selon le (sinistre) chapitre 28 de Devarim son aide si l’alliance était conclue.
Le statut grammatical est à interroger comme pour la Paracha Ki tavo, le texte est la plupart du temps au conditionnel, avec «אם », « im », « Si ».
Ce qui est sûr dans la Paracha, c’est que les Hébreux ont bien hérité d’un territoire donné par l’Eternel (le verbe est au présent « noten »), et que ce jour-là ils vont y entrer sans Moïse mais avec Josué.
Ce qui est beaucoup moins sûr, c’est que Dieu les maudisse. Ce qui risque de se passer c’est une rupture (vouée toujours dans les textes juifs à être provisoire, et en général du fait du peuple juif, mais parfois de l’Eternel : « Je t’ai oubliée un moment, mais me revoilà »).
Sur le texte de Nitsavim les commentateurs, dont Manitou, repèrent que l’exil est aussi de Dieu et avec Dieu : Devarim 30,3 : « Vechav Adonaï elohekha et chevouatekha véchav véquibetsekha mikol haamim… ». Le premier « vechav », au futur, conditionné par un « im », un « si », parle d’un retour d’un exil éventuel. La phrase est étonnamment répétitive « …retournera ton retour et retournera… ». Cette insistance par la répétition sur l’idée de retour nous fait penser à ce mot pour retour et retour sur soi qui est « techouva », un sens peut-être moins spatial en Tichri notamment mais tout aussi temporel, et conditionnel.
Dans le Traité du Talmud Meguila 29A il est dit : « Partout où Israël se trouve exilé, la Chekhina est avec lui. » Le paradoxe est que « Chekhina » veut dire l’inverse de l’exil, c’est le séjournement, associé par l’Eternel, on pourrait croire, au lieu où il veut séjourner, le Temple par exemple. N’oublions pas quand même que quand le sanctuaire fut terminé, l’Eternel vint résider « parmi » les gens du peuple d’Israël plutôt que « dans un lieu précis.
Si l’Eternel est parti, dans cette Paracha Nitsavim, était-ce dans une autre direction que les Hébreux, les Juifs ? Les Rabbins disent : Il est parti avec eux, et c’est en exil à partir du moment où ils sont chassés de la Terre qu’Il leur a donnée. Au passage, ceux qui les chasseraient (conditionnel) ou qui les chasseront (futur) sont des usurpations forcément désormais, même si ce n’est pas à leurs propres yeux. Seul parmi le « guer » « puiseur d’eau » ou « coupeur de bois » est parfaitement dans son droit de se tenir là debout devant l’Eternel au même titre que les chefs et les tribus. « Et quant à vous, vous serez glanés un par un, fils d’Israël », ce passage est cité à propos du verset 30,3 de Devarim. Il est pris dans Isaïe, 22, 12. Une page de Sanhédrin 97B est cité par Manitou entre autres : elle commence par une hypothèse de fin du monde dans « 85 jubilés », selon Eliyahou. On n’y est pas encore… Le texte dit qu’il y a du mérite à attendre l’ère messianique. 36 justes donnent généreusement leur énergie pour que l’Eternel, la Chekhina, soit là (avec le peuple juif) même en exil.
Cela veut dire que même avec la présence divine on peut souffrir de la destruction du Temple et de l’éloignement forcé de Jérusalem. Une dernière remarque : en écho au « puiseur d’eau » il y a une image étrange au verset Devarim 29,18 : il y est question d’une intention idolâtre qui irait avec le fait de se joindre à « l’assoiffée » et à « l’abreuvée ». Le puiseur d’eau doit faire attention de ne pas fuir vers une quelconque « assoiffée ». Que fait le méchant ? Il dit « Amen » (avec conscience et volonté, comme si « puiseur d’eau » il était un lecteur assidu de la Torah, souvent comparée à l’eau) à des paroles dangereuses, du « poison », « de l’absinthe », et il va faire boire cela à son peuple, à « l’assoiffée » et à « l’abreuvée ». Du verset 15 au verset 17 il est question du charmeur qui pousse à l’idolâtrie, mais les Juifs ne sont pas censés se laisser prendre : ils savent ce que faisaient les Egyptiens.
On a du mal avec les formes verbales dans cette paracha : ici il y a un souvenir du passé en Egypte, pour dire : « Vous ne pouvez pas ne pas savoir la différence entre le comportement juif et l’attitude idolâtre. » Le passé évoqué vise à empêcher un avenir idolâtre.
Le premier « Si » est au verset 29,17 sous la forme « de peur que si … ». On parle d’un futur qui n’est qu’hypothétique, et si cela arrivait, alors dans le futur l’Eternel serait en colère : cette colère n’est pas un futur inébranlable, c’est un conditionnel.
Un futur sûr est en 30,28 sqq. : « Les choses cachées appartiennent à l’Eternel », mais il y a un enseignement à tirer de l’histoire des événements manifestes. Donc vient un futur sûr, où les Juifs ont conscience des onze bénédictions-mises en garde auxquelles on dit « Amen » dans Ki tavo, ils n’ont qu’à s’en souvenir, et ils « reviennent (véchavta), plutôt d’abord vers l’Eternel (au cas où ils se seraient coupés de Lui). Et là, tout un futur merveilleux de « remariage » est présenté comme certain au chapitre 30, 1-10.
Enfin on se retrouve au présent, un présent dépouillé pour toujours : la mitsva de l’Eternel, qui n’est pas inaccessible, dont si elle, elle n’est pas inaccessible, alors l’Eternel non plus. Dans un premier temps on évoque (verset 19) le ciel et la terrer, comme symboles de permanence, de stabilité, et l’on revient au futur, qui est plus un appel au bon sens, puisque c’est facile, « tu choisiras la vie » (versets 19 et 20). C’est un futur évident, un futur de choix, pas comme cette vilaine hypothèse d’un mauvais futur éventuel : aux versets 17-18 il est dit « Si… »
Le mot « vie » est revenu plusieurs fois. Aristote dit que si la vie paraît relever du nécessaire (fatalisme des cultes idolâtres dirait la tradition juive), il faut quand même savoir que le superflu, nous le préférons au « nécessaire », car le superflu honorable c’est la vraie vie, la vie tout court pour qui est digne d’aimer et d’être aimé.
Mais il se passe aussi autre chose : s’il y a une nouvelle alliance, en Ki tavo et dans les Parachiot de ce chabbath, nitsavim, et vayelekh, c’est parce que l’alliance déjà conclue avec le peuple hébreu à la sortie d’Egypte doit s’accompagner, dès l’entrée dans le territoire donné par l’Eternel au peuple, y compris les « guerim » comme le puiseur d’eau, d’une nouvelle alliance, cette fois-ci avec l’Etat de ce territoire comme Etat organisant ce territoire, quel que soit son nom : Etat juif, Royaume de Judée, ou, plus tard, « Etat d’Israël ». Ce « royaume de prêtres » bien organisé permettra la mise en pratique de la morale juive au sein d’un Etat avec un corpus juridique, dont les deux premières pierres sont gravées des onze premières phrases « juridiques » de la constitution future. Des lois évidentes ? Ce qui va de soi va encore mieux en le disant, proverbe français…
Maintenant la Paracha Vayelekh, couplée pour ce chabbat Tchouva

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