Vayelekh : encore un titre pour parler de mouvement humain, d’une sorte d’évolution-révolution avec les trois Parachiot précédentes. Ki tetsé c’est « quand tu sortiras », Ki tavo c’est « quand tu entreras », nitsavim c’est « vous vous tenez debout », et maintenant « vayelekh » : « Et il alla » : Moïse n’entre pas, il ne sort pas, pour lui c’est la « halakha », le cheminement de l’exil et du perfectionnement moral (au sens dynamique du mot « perfectionnement »). Les deux premiers versets disent quelque chose de renversant, ils disent un peu comme les « Tunisiens » : « Ni je rentrerai ni je sortirai » (Devarim 31,2) : « Aujourd’hui je ne pourrai plus ni sortir ni entrer » : « Anokhi hayom lo-oukhal od latset velavo (« latset » est l’infinitif de « tetsé » et « lavo » l’infinitif de « tavo »).
Moïse « alla dire ces paroles (« devarim ») à tout Israël » : il enseigne encore, mais il ne passe pas dans la Terre donnée, c’est l’Eternel qui passe, devant lui (« over » Devarim 31,3) : « lefanekha » est presque comme une divinisation de Moïse : si l’on regarde les prières juives notamment à Roch Hachana et Kippour. Tout le peuple ici va passer, avec l’Eternel, devant Moïse : « lefanekha », devant ta face. Et Moïse restera en arrière. Et ensuite, au futur, l’Eternel donnera les ennemis « devant vous » : « lefanekhem », devant tous les Hébreux-Juifs : on passe alors au présent pour dire : l’Eternel marche (haholekh) avec toi : toi c’est le peuple entier mais c’est aussi chaque individu (2e personne du singulier).
Au verset 31,7 on trouve « ‘hazaq », adressé à Josué : « ‘hazaq véhemats ». De même que la « techouva » est commémorée par la religion juive, l’encouragement et la désignation de Josué sont repris par le « ‘Hazaq » à la synagogue, notamment quand le Bar Mitsva ou la Bat Mitsva viennent de lire dans la Torah, comme pour les confirmer comme « chalia’h tsbour », « meneur de la communauté » à proprement parler, celui qui envoie plutôt que celui qui est envoyé, vu la forme « verbale » de ce nom, de même que Machia’h est plutôt celui qui activement oint, et sous la forme Masia’h celui qui fait activement entrer dans la parole, la conversation.
Inscrire dans la prière et la destinée dite « religieuse » du peuple juif et de chaque individu juif – et du « guer tochav », ne doit pas faire oublier que la Torah se termine par des verbes qui disent « techouva », comme retour concret qui réunit tout le monde. Et quand on dit « Ki tavo, on parle d’un futur effectif, réel, pas de l’hypothétique (« Ki »).
Dans le Talmud, l’expression fréquence en araméen « Ta-chema » veut dire « Entre écouter », elle introduit une citation importante (Tanakh, Michna, Baraita, Guemara), pour lancer avec argumentation, ou relancer, une controverse, Ma’hloqet. Adam Kirsh publia en 2021 ses tribunes quotidiennes consacrées au Daf Yomi, opération lancée dans les années 1920, dans un livre intitulé Come and Hear – What I saw in my seven-and-a-half-Year Journey through the Talmud(Brandeis University Press, 1er octobre 2021). En français « [Ta-chma] Entre écouter – Ce que j’ai vu dans mon voyage de sept ans et demi à travers le Talmud [l’étude] ». Si en effet on lit chaque jour une page du Talmud différente (Daf Yomi c’est le choix mondial de cette page chaque jour) on mettra 7 ans et demi pour le lire en entier. Cela fait penser aux Francs-Maçons chez qui « 7 ans et plus » est l’âge de la maîtrise.
Reste alors à parler de « halakha » : la morale juive définie par la « halakha » est une marche qui n’est pas forcément une entrée, ni une sortie. Une sorte d’errance, une recherche avec des intentions mais sans préjuger de l’issue, ni même de l’éventualité d’une fin. L’effort de perfectionnement fera considérer toutes les occasions, tous les événements comme des épreuves pour la réflexion, et pour le chemin du retour. Sortir, on l’a vu au début de Ki tetsé, ce peut être aller vers la guerre, et guerroyer ce peut être très concrètement sauver le territoire donné à l’Etat d’Israël, quel que soit le nom dont on le nomme. Et ces quatre parachiot montrent que selon l’Eternel il faut un Etat d’Israël, scellé par une nouvelle alliance inscrite dans la pierre au Mont Eval par Moïse, en plus de celle de la sortie d’Egypte vers la liberté.
Moïse n’entre pas dans cette Terre parce qu’il ne faut pas le diviniser, alors que même aux yeux de l’Eternel, bien que ce ne soit qu’un humain, c’est un être exceptionnel. L’initiative qu’il a prise un jour en frappant le rocher montrait le risque de figer le comprtement humain : ce n’était pas parce que précédemment l’Eternel avait dit qu’il fallait taper sur un rocher, ailleurs, pour donner de l’eau miraculeuse au peuple, que cette fois-ci il fallait aussi taper le rocher, l’Eternel avait dit de lui parler, il avait tenté une évolution pour Moïse, faire des miracles en parlant, sans frapper. C’était raté et donc la halakha c’est la souplesse vigilante qui ne répète pas deux fois la même analyse de la situation, ni en politique, ni en morale, ni en histoire. Bref, il fallait, après ce titre de la Paracha précédente « Nitsavim », « vous restez », un mouvement : « Vayelekh Moché ».
Nous revoici avec la figure du « puiseur d’eau », le plus humble d’Israël, celui qui est un « guer ». Moïse sera pour l’éternité un guer, dans l’histoire de l’Etat d’Israël. Il sera pour l’éternité non nommé dans la Haggada. Car le plus grand des Juifs représente aussi la plus grande menace de divinisation idolâtre d’un être humain, c’est en tout cas ce que la tradition juive nous dit.
Les versets 31,10-11de Devarim dans la Paracha Vayelekh nous disent : « [10] Moïse leur donna un décret en leur disant : « A la fin de sept années à l’époque de l’année de Chmita, lors de la fête de Souccot, [11] quand entrera (« bévo ») tout Israël dans le lieu qu’Il choisira, tu liras cette Torah-ci devant tout Israël dans leurs oreilles. » Selon le Talmud Traité Sota 41A le roi lira le début de Devarim. Sept ans plus l’attente du mois de Tichri, cela fait sept ans et demi, comme la lecture entière du Talmud selon le Daf Yomi. Le début de Devarim dit : « Voici les paroles que dit Moïse à tout Israël lors du passage du Jourdain, du côté du désert » (Devarim 1,1) : « beever hayarden bamidbar ».
Au verset 5 il est dit qu’ « alors Moïse commença à expliquer cette Torah », « Hoïl Moché béer et hatorah hazot ».
Rachi dit : « Il la leur a commentée en 70 langues » … Comme ce que la Michna du Traité Sota 32A dit sur les pierres de la Paracha Ki tavo à propos du verset Devarim 27,8 : Béer keitev (Devarim 27,8) qui peut vouloir dire « en expliquant bien » : il est notamment ici question de parler en 70 langues, pour bien expliquer.
Le verbe « Baer » est intéressant. il n’a pas de kal dans la Bible selon le dictionnaire. Il évoque à la fois le puits (on pense au puiseur d’eau…) et « sur la montagne », notamment le Mont Orev. Le verbe signifie selon le dictionnaire « graver » (Habacuc 2,2), puis exposer, expliquer. On peut évoquer aussi le puits de Genèse-Berechit 16,14 : « Béer la’haï roï » : « le puits pour la vie de ma vision », le puits en question ainsi nommé, parce qu’Agar en 16,13 avait dit de l’Eternel qui lui a parlé : « El roï, le Dieu de ma vision ». Ce texte incite à penser au symbole de l’eau associé à la Torah : l’étude permet d’accéder à la vision vivante du Dieu vivant qui peut survenir aussi chez un ou une « guer » …
En un sens entrer dans la Terre promise puis donnée, c’est pour l’Eternel comme pour le peuple d’Israël s’exiler de Moïse « le plus humble des humains ».

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