Au début des Seli´hot on lit des poèmes de Judah Halévi, le premier est « Yochen al téradam », le deuxième est « Yerouni rayonaï » et le troisième est « Adonaï (Tétragramme) Eloheï hatsévaot ».
Ces trois poèmes sont composés à partir de citations du Tanakh, conformément à une tradition juive médiévale qu’on retrouve aussi dans la poésie israélienne contemporaine.
Ces trois poèmes forment un acrostiche qui associe avec une petite superposition une courte phrase à l’Aleph Beth. La phrase exige de rajouter une lettre à ce que l’édition du Rabbin Claude Brahmi a mis en caractères gras (חרב פיפיות – L’arme de la parole – Selihot, Ed. Chin-Sin, Gagny, France). Cette lettre est un « ayin » ( ע), 1e lettre du 2e vers de la 4e strophe du 2e poème, en haut de la page 8.
Alors apparaît cette phrase en acrostiche, qui traverse les 3 poèmes (Judah Halévi dans son Diwan à une écriture très savante et par exemple il fait un 2e poème avec les initiales d’un 1er poème) :
יה ודדי יהוה ודע הא בגד הו
On pourrait traduire ainsi : « Yah et mon fiancé c’est le Tétragramme, et connais l’Aleph, habit de Hou. »
On remarque en même temps que les six dernières lettres sont le début de l’Aleph-Beth qui se continue dans les vers suivants du 3e poème, toujours par les premières lettres du vers :
אבנדהו/זחטיכלמנסעפצקרשת
Il serait ici question de réunir les deux parties du Tétragramme, les 2 premières et les 2 dernières lettres de la phrase en acrostiche, par la connaissance de l’Aleph, habit de « Hou ». La valeur numérique du Tetragramme dans la guématria c’est 26. Amour en Hébreu c’est אהבה, valeur numérique 13, et Un c’est אחד, valeur numérique 13 : voici deux moitiés qui réunies forment le Tétragramme.
Et cela commence tout l’alphabet, tout le dicible, et tout le réel de la création en un sens.
La tradition a bâti l’office comme une mise en ordre étageant les quatre niveaux de la création : atsilout, beria, yétsira, assia.
Certains interprètent ainsi les deux premières et les deux dernières lettres du Tétragramme :
Yod, 1e lettre =masculin
Hé, 2e lettre=féminin :
1e et 2e lettres : « Matrice invisible de la création »
Vav, 3e lettre : Vav est le « et » qui coordonne, et le vav « conversif » associé en première lettre a un verbe fait passer l’accompli en inaccompli et l’inaccompli en accompli. Rien peut-être n’est jamais terminé dans l’histoire et rien peut-être n’est radicalement nouveau. On propose parfois comme interprétation de cette 3e lettre du Tétragramme « le fils » et « l’arbre de vie ».
Hé, comme 4e lettre : on propose parfois « la fille » et « la Chékhina ». Rappelons que la lettre « Hé » est riche de valeurs grammaticales, l’article défini, ou le lieu, ou le féminin.
3e et 4e lettres : « La matrice visible de la création ».
La réunion des deux couples de lettres, selon la Guematria 13 et 13 qui font 26, c’est l’amour Un. Cette réunion va avec le mot de la phrase « Dodi », mon fiancé, qui évoque le Cantique des Cantiques, et le Lekha Dodi de chabbath. Travailler à associer l’Aleph à un habit à bien connaître en ce qu’il peut révéler comme dissimuler conduit ensuite à voir le déroulement de l’Aleph Beth comme une sorte de constitution des étapes de la création. Cohésion et multiplicité sous le signe de l’amour-Un.
Comme vous le savez le début du Zohar raconte les plaidoyers des lettres pour avoir l’honneur de commencer la Torah – ou/et la création.
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