Je plaisantais tout à l’heure avec mon mari en lui disant : la chatte m’a remis une réclamation en trois exemplaires comme quoi tu l’avais arnaquée en matière de pâtée en ne lui donnant qu’une moitié de paquet. Alors j’ai regardé dans le frigidaire et elle, confiante, me regardait faire. Je lui ai donné la deuxième moitié pour sa parfaite satisfaction. Il m’a dit lui avoir expliqué qu’il mettait le reste au frigidaire et qu’elle pourrait le réclamer plus tard, comme il le lui disait. Et il m’est venu en pensant au comportement de notre chatte cette réflexion : « Notre chatte a confiance dans notre capacité de compréhension de son comportement et des signes qu’elle émet. »

Voilà qui prête à cet animal une pensée très complexe.

Pouvons-nous avoir la même confiance dans les capacités de compréhension de notre comportement, des signes que nous émettons, chez le Dieu créateur, et chez les humains qui nous entourent ?

Nous pouvons avoir l’illusion d’être compris quand nous restons toujours dans le même milieu, et que nous répétons les gestes des autres comme si c’était les nôtres et comme si nous les comprenions. Cette illusion de compréhension était exposée dans leur introduction à l’Encyclopédie par les philosophes du XVIIIe siècle Diderot et d’Alembert. Outre le projet de définition « en cercle » de leur Encyclopédie, les philosophes cherchèrent à nous aider à mieux comprendre notre propre comportement par des œuvres décentrées : Les Lettres persanes, L’ingénu, les histoire du Huron ou celles de Zadig ou de Micromégas.

La bible dès le début, dans Berechit, montre l’Eternel dans ses premières paroles envoyer hors du Paradis vers toute la Terre, ce qui paraît beaucoup plus grand, Adam et Eve, et puis voici Abraham, d’abord porteur de naissance du nom d’Avram, envoyé loin de son pays de naissance : L’Eternel ne lui dit pas : « Va-t-en », il lui dit en l’envoyant sur les routes inconnues, comme Adam, « Va pour toi ». Et Abraham se montre le plus sociable des hommes, le plus confiant dans la compréhension divine, en essayant notamment de sauver Sodome. Il fait aussi confiance à sa femme Saraï, puis Sarah, même s’il ne comprend peut-être pas toujours ces rivalités de femmes et s’il a de la peine à voir partir son fils Ishmaël.

Abraham, le Père de notre peuple (av-haam), mais aussi l’inspirateur des chrétiens et des musulmans, c’est celui qui a confiance dans la capacité que l’autre, si étranger soit-il, le comprend. Et c’est celui qui noue des alliances avec des rois étrangers qui, si étrangers soient-ils, ont confiance en lui et en sa capacité de compréhension.

C’est dans la même Paracha où l’Eternel voit des gens construire une tour (Babel) visiblement en ennemis. Et Il s’attaque précisément à leur capacité de se comprendre entre eux en dispersant les langues. Désormais, il ne suffira pas d’utiliser les mêmes mots pour se comprendre : il faudra l’effort du cœur et l’élan de confiance.

Aujourd’hui au milieu des foules de « data centers » de toutes sortes, tentatives babéliennes vouées à la destruction mutuelle semble-t-il, quelques être vivants, comme nous trois tout à l’heure, mon mari, notre chatte et moi, ont eu confiance en notre compréhension mutuelle, comme des ilots d’humanité des premiers jours.

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