Maïmonide Michné Torah

Partie sur la Tsédaqa pour les pauvres chap. 10, 1-14

  1. Nous devons faire plus attention en ce qui concerne la mitsva de tsédaqa que pour toutes les autres mitsvas positives, car la tsédaqa est une marque d’identification pour une personne juste, un descendant d’Abraham, notre patriarche comme il est dit (Genèse 18,19) : « Je l’ai reconnu, parce qu’il commande à ses enfants d’accomplir la tsédaqa. » Le trône d’Israël ne sera établi, ni la foi véritable, que par la tsédaqa, comme il est écrit (Isaïe 54, 14) : « Vous serez établis par la tsédaqa », et Israël sera rédimé seulement par la tsédaqa, comme il est écrit (Isaïe 1, 27) : « Sion sera rédimée par la justice et ceux qui lui reviennent par la tsédaqa. »
  2. Une personne ne deviendra jamais pauvre en donnant la tsédaqa. Aucun mal et aucun dommage ne sera jamais causé par la tsédaqa, comme il est écrit (Isaïe 32,17) : « Et le don de tsédaqa est chalom. » Toute personne qui est compatissante réveille la compassion chez les autres, comme il est écrit (Deut. 13, 18) : « Et il vous gratifiera de compassion et vous arrosera de compassion et vous multipliera. » Quand une personne est cruelle et ne montre pas de compassion, son lignage est suspect, car la cruauté se trouve seulement chez les gentils, comme il est écrit (Jérémie 3, 42) : « Ils sont cruels et ne montreront pas de compassion. » Le peuple juif et tous ceux qui s’attachent à lui sont comme des frères, comme il est écrit (Deut. 14, 1) : « Vous êtes enfants de l’Eternel votre Dieu. » Et si un frère ne montre pas de compassion à son frère, qui le fera ? Vers qui les pauvres d’Israël lèvent-ils les yeux ? Vers les gentils qui les haïssent et les pourchassent ? Du coup leurs yeux sont tournés vers leurs frères seuls.    [« compassion » = « ra’hamim »]
  3. Quiconque se détourne de donner la tsédaqa est décrit comme « rebelle » comme quelqu’un qui adore de fausses divinités est décrit comme « rebelle », comme il est écrit (Deut. 13, 14) à propos de l’adoration des fausses divinités : « Les hommes rebelles sortirent. » Et en ce qui concerne une personne qui se détourne de [donner] la tsédaqa, il est écrit (Deut. 15, 9) : « Faites attention, de peur qu’une pensée rebelle naisse dans votre cœur. » Une telle personne est aussi appelée méchante, comme il est écrit (Proverbes 12, 10) : « Les compassions des méchants sont cruelles. » Et il est appelé un pécheur comme il est écrit (Deut. Ibid.) : « Et il criera contre vous vers l’Eternel et vous serez condamnés comme pécheurs. » Le Saint béni soit-Il est près du cri du pauvre comme il est écrit : « Tu entends le cri du pauvre. » Donc on doit faire attention en ce qui concerne leur cri, car une alliance a été établie avec eux, comme il est écrit (Ex. 22, 26) : « Quand il criera vers moi, j’écouterai, car je suis compatissant. »
  4. Quand une personne donne la tsédaqa à un pauvre avec une attitude déplaisante et avec son visage tourné vers le sol, il perd et détruit son mérite même s’il lui donne mille pièces d’or. Au lieu de cela, il devrait lui donner avec une attitude plaisante et avec joie, compatissant avec lui au sujet de ses problèmes, comme il est écrit (Job 30, 25) : « N’ai-je pas pleuré pour ceux qui font face à des temps difficiles ; mon âme n’a-t-elle pas éprouvé du chagrin pour les démunis ? » Et il devrait lui adresser des mots de sympathie et de réconfort, comme il est écrit (Job 29, 13) : « Je voudrais apporter de la joie au cœur d’une veuve. »
  5. Si un pauvre demande à quelqu’un un don et qu’il n’a rien à lui donner, il devrait être conciliant avec lui en paroles. Il est interdit de réprimander un pauvre ou de lui crier dessus, car son cœur est brisé et en morceaux, et il est écrit (Psaumes 51, 19) : « L’Eternel ne réprimandera pas un cœur brisé et en morceaux. » Et [Isaïe décrit comme divin l’attribut de] ranimer l’esprit de celui qui est abattu et de ranimer le cœur de ceux qui sont en morceaux. Maudit soit celui qui fait honte au pauvre, maudit soit-il ! A la place, on devrait être comme un père pour lui, à la fois en compassions et en paroles, comme il est écrit : « Je suis un père pour les démunis. »
  6. Celui qui pousse les autres à donner la tsédaqa et les motive à le faire reçoit une plus grande récompense que la personne qui donne effectivement, comme [il est écrit] (Isaïe 32, 17) : « Et le don de tsédaqa est paix. » A l’égard des collecteurs de tsédaqa et autres semblables, il est dit (Daniel 12, 3) : « Ceux qui apportent du mérite à la multitude sont comme les étoiles. »
  7. Il y a huit degrés dans la tsédaqa, chaque degré surpassant le suivant. Le plus haut degré surpassant le suivant. Le plus haut degré au-dessus duquel il n’y a rien, est la personne qui aide un Juif qui est tombé dans la misère en lui donnant un présent ou un prêt, pour entrer en association avec lui, ou en lui trouvant un travail de telle sorte qu’il sera renforcé de sorte qu’il n’aura plus à demander aux autres [des aumônes]. Concernant cela il est écrit (Lévitique 25, 35) : « Tu l’aideras, l’étranger, le résident, et il vivra parmi nous. » Cela implique que vous devriez l’aider avant qu’il tombe et devienne démuni.
  8. Un degré au-dessous de ce premier degré est celui qui donne la tsédaqa aux pauvres sans savoir à qui il a donné et sans que le pauvre sache de qui il a reçu. Car c’est un respect de la mitsva pour la mitsva même. Ceci a été exemplifié par la chambre secrète qui existait dans le Temple. Les justes allaient faire un don là-bas en secret et les pauvres de lignée reconnue obtiendraient leur survie de là en secret. Un degré proche de cela est de donner à un fond de tsédaqa. Une personne ne devrait donner à un fonds de tsédaqa que s’il sait que la personne qui le dirige est fiable, sage, et capable de l’administrer de bonne façon comme Rabbi ‘Hanania ben Tradion le fut.
  9. Un degré en dessous de cela est un système où le donateur sait à qui il donne, mais où le pauvre ne sait pas de qui il a reçu. Un exemple de cela fut les grands sages qui allaient en secret jeter de l’argent sous la porte des pauvres. C’est un moyen valable de donner la tsédaqa et c’est une bonne chose si les donateurs du fonds de tsédaqa ne se conduisent pas bien.
  10. Un degré plus bas que cela est une situation où le pauvre sait de qui il reçoit, mais où le donateur ne sait pas à qui il a donné. Un exemple de cela ce sont les grands sages qui nouaient des pièces dans un tissu et les faisaient pendre derrière leur dos de telle sorte que les pauvres viendraient les prendre sans être humiliés.
  11. Un degré au-dessous est de mettre de l’argent dans la main [du pauvre] avant qu’il le demande.
  12. Un degré au-dessous est de mettre de l’argent dans la main [du pauvre] après qu’il l’a demandé.
  13. Un degré au-dessous est de lui donner moins qu’il ne convient, mais avec une attitude gentille.
  14. Un degré au-dessous est de le lui donner en faisant la gueule.

 

(la tsédaqa : le pauvre y a droit. Aux autres de savoir comment ils s’organisent pour répondre à ce droit)

 

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